La nuit tombée tout semblait calme, serein comme endormi par la lune glacée. Les nuits agitées de l'été avaient laissé place à une solitude pesante que seule perturbait les lumiéres des bars et cette éternelle fumée... Oui, elle était là, tantôt elle me surprenait, tantôt elle me chassait. On aurait dit que l'essence même des gens s'échappait, que c'était leur seul moyen de combattre le froid : libérer leurs fantômes.
Le mien était toujours là, impérturbalble, innaliénable, il remplissait mes nuits, je le chassait le jour, mais la ruse est son art. J'avais beau croire qu'il avait disparu, il reapparaîssait : dans le reflet d'un miroir, dans la tendresse d'un rêve, dans l'échos de mes derniers vers. J'essayai en vain de l'apprivoiser : j'avais beau ignorer sa présence, condamner son passé, purifier son âme meurtrie avec les faibles battements qui lui étaient encore destinés, il refusait de me quitter.
Puis, soudain, par ce jour enneigé où il fait bon de rester chez soi, j'ai accepté sa presence, j'ai accepté son abscence, j'ai accepté que peu importe où j'irais il me suivrait comme l'épave d'une vie qui ne me correspondait plus, comme cette fumée qui de ma bouche jahit et dépose sur la fênetre glacée une emprinte blanche, limpide, éphemere. Du bout des doigts je la caresse, la modéle, la sculte... Je restais là, hébété par ce message que je venais d'écrire sans le vouloir : d'où me venait-il ? je l'ignore, que signifiait-il ? je le laissait au sort, dans tous les cas, il était là, face à moi, ce fantôme qui m'obscedait... je lui tourna le dos.
J'ai continué alors ma route, en essayant de ne pas glisser sur le troittoir. je tente malgré moi d'avancer sur ce chemin glacé, car tel le fantôme que j'ai laissé sur cette vitre oubliée, du fond de la neige resonera un "Je t'aime".


